Illustration : Tristan Zbar, Love for Livres
Chères toutes et chers tous,
La rentrée, c’est le temps des listes, des agendas qui se remplissent, des résolutions vite avalées par le rythme quotidien.
Dans ce tourbillon, la lecture semble parfois reléguée au rang de luxe ou de pause volée. Pourtant, elle n’est pas qu’un loisir : elle est un espace de respiration, un laboratoire d’idées, un entraînement de l’attention et une source de vitalité intérieure.
Les neurosciences confirment ce que les lecteurs savent intimement : quelques minutes de lecture suffisent à réduire le stress (6 minutes = - 68% de stress en moins, Université de Sussex, 2009) et stimulent des réseaux neuronaux associés à l’empathie et à la créativité (Oatley, 2016).
Alors, comment faire pour que le plaisir de lire survive à la reprise, aux réunions et aux sollicitations numériques ? Comment transformer cette envie en habitude, tout au long de l’année ?
#1 - Faites de la lecture un “rendez-vous contextuel”, pas une bonne résolution.Choisissez un ancrage fixe (Par exemple 15 minutes après le déjeuner, 10 pages dans le métro, 15 minutes avant de dormir).
Les intentions d’implémentation (“à telle heure / dans tel lieu, je lis”) doublent la probabilité de passage à l’acte.
Astuce : préparez le livre à vue (table de nuit, sac, bureau).
#2 - Cherchez l’émotion, pas la performance.On lit mieux quand on lit pour sentir. L’immersion sensorielle et corporelle nous rappelle que la lecture n’est pas un décor : c’est une expérience. Demandez-vous, avant d’ouvrir le livre : Quelle émotion ai-je envie d’explorer aujourd’hui (apaisement, curiosité, élan, courage) ? Orientez votre choix par l’émotion — pas par la “pile à lire” culpabilisante.
3) Micro-doses > marathons.
Le cerveau aime la régularité plus que la durée. Dix minutes quotidiennes entretiennent la “voie de lecture” (fluidité, projection mentale, vocabulaire) et relancent le plaisir via de petites victoires. Gardez un format court à portée de main (nouvelle, extrait, essai bref, BD) pour nourrir la constance.
4) Rendez la lecture sociale (même en solo).
Lisez-partagez : une phrase soulignée envoyée à un collègue, une question dans un groupe, une mini-annotation sur votre téléphone. La littérature accroît notre tempathie quand elle est discutée. Programmez un échange mensuel de 20 minutes avec une personne “lectrice-boussole”.
5) Variez les “textures de lecture”.
Alternez fiction littéraire, récit, poésie, BD, audio-lecture lors des trajets — la diversité entretient la curiosité tout en évitant la fatigue attentionnelle. Bonus : empilement d’habitudes (par exemple lecture + tisane + fauteuil dédié) = signal de démarrage clair au cerveau.
6) Misez sur des objectifs sensibles, pas comptables.
Plutôt que “lire 30 livres”, essayez : “sentir trois paysages”, “découvrir deux voix d’autrices”, “comprendre une expérience humaine qui m’est étrangère”. Le sens précède la discipline.
Et chez Love for Livres, nous avons axé notre travail autour des émotions de lecture depuis le premier jour. Découvrez ici notre moteur de recherche de livres selon les émotions.
Ce mois-ci, notre rencontre avec l’autrice Valentine Goby est une invitation à ré-enchanter nos sens : lire avec le nez, la peau, l’oreille et retrouver, comme son héroïne Vive, l’émerveillement des premières fois. Parcourez notre readlist de rentrée : elle est pensée comme une pharmacie des émotions où chacun peut piocher l’histoire juste, au bon moment. Et pour transformer l’essai au travail, nos formats sur l’intelligence émotionnelle et les biais cognitifs donnent des outils pratiques pour maintenir l’élan, même les semaines chargées.
Que restera-t-il d’un mois de septembre bien rempli ? Peut-être dix minutes quotidiennes, une phrase qui vous accompagne, et ce sentiment discret mais tenace d’avoir grandi. C’est souvent ainsi que naissent les grandes habitudes : à petits pas, mais toujours, en lecture.
🙏 Merci d’être près de 4 700 lecteurs et lectrices de cette newsletter. Votre soutien nous motive, toujours.
🎙️ L’interview du mois : Valentine Goby
Ce mois-ci, nous avons eu le plaisir de rencontrer Valentine Goby, grande voix de la littérature française contemporaine.
À l’occasion de la sortie de son nouveau roman Le Palmier. Dans cet entretien exclusif, l’autrice nous ouvre les portes d’un récit initiatique d’une rare intensité, traversé de subtilité, de poésie et d’émotion.
Nous avons chacun traversé l’enfance, cette aventure de tous les instants tour à tour pleine de lumière et pleine d’effroi, la joie et la crainte de grandir et de devenir mortel.
Partie 1 : une expérience sensorielle
1/ Dans Le palmier, la nature n’est pas qu’un décor, elle devient une
expérience sensorielle. Comment avez‐vous travaillé cette dimension
pour que le lecteur ressente le monde que vous décrivez ?Dans mes romans, il n’y a jamais de « décor ». Le cadre n’est pas ornemental, il est toujours actif, qu’il soit naturel ou non, au sens où il interagit avec les personnages. En le traversant, ils s’en trouvent en retour modifiés, qu’il s’agisse d’un hôpital ou d’un bassin de nage pour personnes mutilées dans Murène, d’un camp de concentration dans Kinderzimmer, d’une montagne merveilleuse et de ses habitants dans L’île haute, de plantes à parfum et d’un jardin du sud dans Le palmier. Le cheminement des personnages évolue de façon organique, dans un frottement permanent avec les sons, les odeurs, les images, les sensations qui les traversent.
Dans Le palmier, la nature (on dirait volontiers aujourd’hui « le vivant », à l’acception plus large et plus immersive) tient en effet une place centrale. C’est une nature très singulière, puisqu’au-delà d’offrir un écrin à l’enfance d’une petite fille, Vive, elle est aussi une matière première à transformer pour son parfumeur de père. À travers ses expériences au jardin aussi bien que par les histoires extraordinaires qu’il rapporte de ses voyages la nature interroge l’enfant, l’éveille, la dérange et la déroute, l’étonne, ouvre le corps et l’imagination, agrandit le monde, lui en chuchote la complexité, de l’émerveillement à l’effroi. En somme, la nature, comme le père, est initiatrice. Et un mystère à décrypter, à l’image de ce palmier dévoré par le charançon qui ouvre le roman, point de départ d’une grande enquête à hauteur d’enfant : de quel récit est-il un moment arrêté ?
Vive est un être ultra-sensoriel. L’enfance est le moment de la sensorialité la plus forte, la plus immédiate : rien n’est appris encore, tout est vécu dans la beauté, la force, la violence des premières fois. Chaque pas est une exploration, les sens sont en vigilance extrême. C’est une promesse d’ivresse, bien sûr, et de vulnérabilité, car qui s’aventure dans l’inconnu prend tous les risques. Pour donner à vivre cette sensorialité particulière aux lectrices et lecteurs, je choisis le point de vue de l’enfant et la langue de l’adulte. J’ai été l’enfant qui grandit dans un jardin, sans surveillance, sans interdits, autorisée à toutes les expériences. Mon père travaillait dans les usines à parfum, ma mère a été tisserande… depuis toujours, mon corps « est pris dans le tissu du monde », comme l’écrit Merleau-Ponty. J’essaie de donner à percevoir cette ultra-sensorialité qui m’a construite, et instruite.
2/ Votre récit mêle douceur et brutalité dans une trajectoire initiatique.
Est-ce aussi une manière d’explorer votre propre vécu ou votre regard
sur le réel ?Le regard qu’on porte sur le réel est évidemment conditionné par notre vécu. L’écriture permet à un auteur de se glisser dans d’autres vies que la siennes, vraie ou imaginées, mais on perçoit mieux ce qu’on a éprouvé directement, évidemment, quitte à l’expérimenter pour les besoins d’un livre – ce qui m’est déjà arrivé lorsque j’ai effectué des voyages de recherche au Cameroun pour L’antilope blanche, au Groenland pour Banquises, ou que j’ai un temps vécu sans mes bras pour préparer Murène. Le palmier me renvoie à ma propre enfance. J’ai une passion pour l’enfance. Pour cet âge de la découverte radicale, des possibles sans fin et des hypothèses grandes ouvertes, comme dans l’histoire d’Alice au pays des merveilles.
Ce pays des merveilles c’est l’inconnu, l’envers du monde dans lequel rien n’est sûr, ce qui est excitant : les poisons ressemblent à des élixirs, les élixirs à des poisons, les potions ne révèlent leur véritable pouvoir que lorsqu’on y goûte, toute porte peut ouvrir sur l’enchantement ou les ténèbres, ce qu’on ne sait qu’en la poussant, tout est apprentissage, il n’y a pas de réponse sans expérience. C’est bien mon enfance qui est la matière première du roman, faite de la douceur et de la brutalité des découvertes. Je m’arrête sur le terme « explorer » que vous employez, qui m’est cher. Là se rejoignent l’enfance, qui n’est qu’aventure, et l’écriture, dont l’une des fonctions est de sonder nos grottes les plus secrètes. Je croyais savoir où mènerait l’enquête de Vive, mon personnage de petite-fille chargée de décoder pour moi l’image terrible de ce palmier mort, d’en révéler le sens… je me suis trompée. L’écriture m’a conduite ailleurs, Vive m’a ouvert les yeux d’une manière inattendue et fracassante. J’emmène les lecteurs et lectrices avec moi dans cette exploration.
3/ Comment parvenez-vous à construire des images aussi vivantes ?
Avez‐vous une méthode particulière pour faire surgir les paysages, les
sensations, les détails à travers votre plume ?J’ai toujours voulu proposer aux lectrices et aux lecteurs ce que j’ai le plus aimé dans la lecture moi-même, depuis les premiers livres lus et mes admirations d’adolescence : une immersion complète plus qu’un récit. Autrement dit : une expérience. J’ai aimé André Gide, Emile Zola, Victor Hugo, Julien Gracq, Jean Giono, Colette, Charlotte Delbo qui me plongeaient tout entière dans la mine, ou la forêt, ou la guerre, ou l’orient sensuel, ou le verger au printemps, ou le froid et la glace d’un hiver à Auschwitz, des voyages vivants et non des spectacles auxquels j’aurais été extérieure. Cette promesse-là, de téléportation de sous les sens par le langage, m’a subjuguée chez ces écrivains majeurs.
Dans mes romans, le corps est toujours au centre, tout arrive par lui, à travers lui. Le corps est notre territoire commun, par-delà les sexes, les cultures, les âges, la géographie et l’histoire. Je ne raconte pas une histoire, je veux la faire vivre. Cette exigence demande une attention très fine à toutes les sensations, un sens aigu de l’observation, une obsession du mot juste. Rien n’est petit si l’on conçoit que tout participe aux perceptions des personnages, à leur ressenti, à leur prise de décision ; il y a le ciel, la terre, le vacarme d’une ville, mais aussi la tache vibrante de soleil à l’angle du plafond, le goutte à goutte des feuilles après la pluie, la caresse infime d’une respiration d’enfant sur la joue. J’aime l’extrême précision du langage et des descriptions, qui servent à mieux comprendre et faire sentir, concrètement, comment un personnage prend place dans le réel, qui il est singulièrement. La narration, le scénario si vous préférez, c’est autoritaire, le lecteur doit croire sur parole l’auteur quand il écrit que son personnage est heureux, ou en colère, qu’il aime sa femme, hait son patron, est généreux ou odieux. Tandis que décrire les manifestations de ces émotions ou traits de caractère une à une, avec concision, c’est donner au lecteur la possibilité de déduire lui-même ce qui arrive. Pour employer une métaphore scientifique, je lui offre les symptômes, en conséquence de quoi il peut poser un diagnostic sans que j’aie à le formuler. Ainsi le lecteur traduit avec le personnage et en même temps que lui chaque événement, on pourrait dire qu’il co-écrit le livre.
Dans Le palmier, cet exercice est facilité par le fait que j’ai été cette enfant plongée dans un bain sans fin d’odeurs et de sensations. Le monde de Vive ressemble au jardin de ma propre enfance en Provence, revisité par le temps bien sûr, reconstruit dans doute par l’idée que je me fais de mon enfance, augmenté et changé par mes désirs de fictions. Mais la matière de départ est en moi. C’est une sorte d’entreprise archéologique que d’exhumer toutes ces expériences anciennes, mais par chance l‘écriture ne cesse, depuis toujours, de me tenir en éveil sensoriellement ; ce que je cherche n’est jamais loin sous la surface, mon présent s’étend loin en arrière, ou en dessous, tout est vivant. Et puis, avant de commencer à écrire un livre, je provoque toujours une phase d’immersion salutaire. Pour Le palmier, comme pour les autres romans, j’ai d’abord déambulé sur mon « terrain », cette fois le sud de la France, tourné autour de ce palmier mort, je me suis allongée dans l’herbe, j’ai respiré des centaines d’essences en flacon, j’ai renouvelé mes expériences.
4/ La lecture est souvent une expérience intime : comment un texte
aussi personnel peut-il, selon vous, toucher à quelque chose d’universel ? C’est toute la question de la littérature, et de l’art plus généralement. Tout récit singulier contient de l’universel, ou tout du moins peut résonner avec d’autres existences, parce que chaque vie est à la fois unique dans le détail et ordinaire dans le parcours. Nous ne vivrons pas tous une amputation des deux bras comme l’expérimente mon personnage de Murène, mais nous connaitrons chacun la perte, la douleur, l’exposition au regard d’autrui, l’espoir d’être aimé, le désir d’atteindre nos rêves, l’humiliation, la solidarité. Nous ne sommes pas tous une fille de parfumeur mystérieusement terrifiée par l’image d’un palmier mort mais nous avons chacun traversé l’enfance, cette aventure de tous les instants tour à tour pleine de lumière et pleine d’effroi, la joie et la crainte de grandir et de devenir mortel.
L’enjeu n’est pas tant de trouver de l’universel dans le singulier que de chercher la forme par laquelle cet universel devient perceptible. C’est là que, dans mon travail, le corps joue un rôle clé. Le corps comme sujet d’écriture, certes, mais surtout comme outil, comme je l’ai expliqué plus haut. Si mon personnage amputé des deux bras et si ma petite fille de parfumeur effrayée sont d’abord des corps qui traversent le monde, le sondent, le décodent sensoriellement, alors il existe un lieu à partager entre auteur, personnage et lecteur au-delà des expériences singulières de chacun : celui de la chair.
Et découvrez ci-dessous l'interview émotions de Valentine Goby.Valentine Goby (née en 1974), est une romancière française dont l’œuvre explore la mémoire, la transmission et l’expérience humaine. Après des études à Sciences Po et un parcours dans l’humanitaire en Asie, elle se consacre à l’écriture et à l’enseignement.
Elle publie depuis plus de vingt ans des romans pour adultes et pour la jeunesse, parmi lesquels Kinderzimmer (2013), largement salué par la critique, qui l’a consacrée comme l’une des voix majeures de la littérature contemporaine.
Si je vous dis émotions et littérature, à qui pensez vous ?Albert Cohen, et plus précisément Belle du Seigneur. Toni Morrisson, et plus précisément Beloved. Victor Hugo, et plus précisément L’homme qui rit.
L’émotion que vous préférez voir chez quelqu'un ?La joie.
Le livre qui a suscité chez vous le plus de :- Joie : Un balcon en forêt, de Julien Gracq - une joie douce, presque mélancolique.
- Tristesse : Un roi sans divertissement de Jean Giono.
- Amour : Belle du Seigneur, d’ Albert Cohen.
- Colère : Germinal, d’Emile Zola.
- Peur : Aucun de nous ne reviendra, de Charlotte Delbo.
- Surprise : À la ligne, de Joseph Ponthus.
Un des moments les plus émouvants de votre vie de lectrice ou d'auteure ?Un peu avant les Jeux paralympiques de Paris, j’ai été invitée au Reid hall, campus parisien de l’Université de Columbia, à rencontrer des étudiants autour de mon roman Murène, publié en 2019. Le personnage principal en est un jeune homme amputé de ses deux bras en 1956, qui va participer à la naissance du handisport et de l’aventure para-olympique. L’autre invitée était Ludivine Munos, handi-nageuse française 3 fois médaillée d’or aux Jeux, amputée d’un bras et d’une jambe.
Les étudiants s’attendaient à rencontrer une autrice sans bras, à tout le moins en situation de handicap. À défaut, ils espéraient au moins que mon personnage, François, était inspiré d’une personne ayant vraiment existé. La légitimité artistique, outre-Atlantique plus encore qu’en Europe, est de plus en plus soumise à un impératif de vécu qui invalide nombre d’œuvres de fiction, en littérature comme au cinéma. Or j’ai des bras, je ne suis pas en situation de handicap, je ne travaille pas dans le monde du handicap, je ne suis pas entourée de personnage en situation de handicap, François n’existe pas… on semblait donc attendre de moi une justification. J’ai évoqué la documentation colossale, les rencontres, le temps passé à l’hôpital et auprès d’athlètes en situation de handicap dans leur quotidien et dans les bassins de nage, les mois d’enquête, l’expérience de vivre sans bras, ma certitude qu’une part d’universel habite toute singularité.
Mais la plus belle réponse est venue de Ludivine Munos. Elle a dit que j’avais posé les mots justes sur ce qu’elle avait traversé, les sensations précises de son corps dans la nage, ce corps obligé à tant de compensations, l’effort spécifique exigé de certains muscles, les enjeux complexes des catégories de handicap qui interrogent sur l’idée de « champion ». Elle a dit qu’elle n’aurait pu poser ces mots elle-même, c’étaient pourtant les mots exacts. J’ai été très émue. Sans les personnes qui ont connu le handicap, l’accident et la reconstruction, l’apprentissage d’un corps nouveau, je n’aurais pas écrit. Elles ont la chair, j’ai les mots. Ludivine Munos justifiait ma conviction que la littérature est un lieu où vivre ensemble, que le langage relie.
Le personnage de roman qui vous a le plus marqué. Pourquoi ?Ariane, dans Belle du Seigneur d’Albert Cohen, l’amoureuse éperdue et tragique. Elle marche vers la catastrophe avec une naïveté terrifiante, qui la rend à la fois pathétique, agaçante et magnifique. Sa vulnérabilité nous l’attache, sa foi dans l’amour au péril d’elle-même. J’aime son inventivité, ses soliloques, sa superbe, son ridicule, ses rêves impossibles et têtus.
L’auteur.e qui vous touche le plus ?Dans mon Panthéon, Victor Hugo tient une place première. Son humanisme m’a ouvert les yeux sur la complexité des cœurs. Tous ses personnages, jusqu’aux plus plus vils, peuvent s’amender et devenir meilleurs. Même Javert dans Les Misérables, qui se suicide dans la Seine après avoir compris que Valjean, qu’il a poursuivi toute sa vie, était un homme bon. Il meurt, mais libre et grandi.
Où et quand préférez-vous lire ?J’ai du mal à lire pour lire, sauf au coucher, j’aime que la lecture entre dans le mouvement de la vie. Je lis beaucoup dans les transports en commun, qui me prennent facilement 1h30 chaque jour, dans les trains, et comme je suis très nomade c’est parfait !
À qui offrez-vous le plus de livres ?J’offre peu de livres. J’ai peur d’être intrusive, c’est très intime le choix d’un livre. Il faut très bien connaître quelqu’un. J’offre des livres essentiellement à ma fille et à mon compagnon.
Le livre qui a changé votre vie ?Le Parfum, de Patrick Süskind, a été une lecture décisive. Mon père était parfumeur et j’ai grandi à Grasse au milieu des usines et des plantes à parfum. C’est un monde fascinant, et aussi, pour moi, invasif. J’en ai beaucoup parlé dans Baumes (2014), et je l’évoque bien sûr dans Le palmier. Je ne voulais pas lire ce livre, qui me rivait d’avance à une tradition familiale que, comme beaucoup d’adolescents, j’avais envie de fuir. Je l’ai ouvert, j’ai été emportée : l’écrivain parvenait à faire aussi bien que le parfumeur - fabriquer des odeurs - avec des mots ! Ce matériau pauvre, léger, invisible, gratuit, disponible. J’écrivais déjà ; j’ai compris la puissance incomparable de l’écriture.
Épilogue – Finissez la phrase suivante : La littérature m’émeut quand…… la littérature m’émeut quand elle me dessille les yeux.
📚 La readlist du mois
En ce mois de rentrée, synonyme de nouveaux départs, nous vous proposons une sélection de pépites littéraires qui explorent, chacune à leur manière, les émotions et les défis de nos vies.
1/ La Bonne Mère, Mathilda Di Matteo, L’Iconoclaste (2025)
Les relations mère-fille sont rarement simples… Dans ce roman drôle et sensible, Clara tente d’aimer Raphaël, issu d’un autre milieu, tout en renouant avec Marseille et ses blessures familiales.
👉 Une fresque sociale vibrante, qui mêle humour, tendresse et une ode à la sororité.
2/ La nuit au cœur, Nathacha Appanah, Gallimard (2025)
Trois femmes, trois vies brisées par les violences conjugales. Inspiré de son histoire personnelle, ce récit bouleversant témoigne d’un combat encore trop actuel.
👉 Un roman saisissant, d’une intensité rare, qui transforme l’intime en universel.
3/ Au chevet de la lumière, Jean-Christophe Réhel, Les éditions de la courte échelle (2025)
À hauteur d’adolescent, un récit de la maladie et de la résilience, où chaque métaphore éclaire l’obscurité. Les illustrations prolongent l’émotion du texte.
👉 Un livre jeunesse bouleversant, lumineux et nécessaire.
4/ L'homme qui plantait des arbres, Daniel Casanave, Jean Giono, Florence Lebonvallet, Gallimard BD (2025)
Elzéard Bouffier, berger solitaire, consacre sa vie à reverdir une terre aride. Une adaptation graphique qui sublime ce classique.
👉 Un récit éco-humaniste intemporel, hommage à la patience et à la nature.
5/ La maison vide, Laurent Mauvignier, Éditions de Minuit (2025)
À travers une maison désertée, deux guerres resurgissent et les secrets familiaux se révèlent. Mauvignier explore les silences et les blessures sur plusieurs générations.
👉 Une œuvre poétique et puissante, où chaque détail résonne longtemps.
6/ Welcome Home, Catherine Dabadie, Actes Sud, (2025)
Après trois ans de prison, Moll revient dans sa ville natale. Entre rancunes, retrouvailles et hostilité du lycée, il cherche sa rédemption.
👉 Un roman jeunesse intense et captivant, qui parle autant aux ados qu’aux adultes.
🧠 Le secret de nos émotions : la motivation un véritable allié !
En cette rentrée placée sous le signe du renouveau, la motivation devient un allié essentiel pour accompagner les changements de ce nouveau départ.
Pourquoi la motivation au travail est essentielle
La motivation au travail est bien plus qu’un simple moteur de performance : elle nourrit l’engagement, stimule la créativité et favorise le bien-être. Sans elle, les entreprises s’exposent à la démotivation, à l’absentéisme et à un manque d’efficacité. Or, dans un contexte en perpétuelle évolution, maintenir le bien-être des équipes représente un défi stratégique autant qu’humain.
Comment développer la motivation
Encore faut-il trouver puiser la motivation en nous. Les neurosciences préconisent des approches propices au développement de la motivation. La projection dans l’avenir est un facteur clé de motivation. Les collaborateurs qui se sentent accompagnés tout au long de leur parcours professionnelle, par le biais formation, du tutorat ou de l’e-learning, manifestent une implication plus exponentielle. Offrir des opportunités de montée en compétences, c’est aussi envoyer un message clair de confiance. D’après Myrhline (2023), cette approche favorise non seulement l’autonomie, tout en fidélisant des talents, deux atouts essentiels pour la pérennité des organisations.
Le rôle clé du manager
Le rôle du management est déterminant dans la quête de motivation. Un manager qui fixe des objectifs clairs, écoute ses équipes, valorise leurs réussites et accorde un droit à l’erreur dans un climat de confiance propice à l’engagement. La reconnaissance et la communication deviennent alors des outils de motivation aussi puissants que la rémunération. Selon Myrhline (2023), ce type de management favorise un cercle vertueux : la confiance nourrit la motivation et la motivation renforce la performance.
Une motivation à auto intégrer
La motivation est avant tout un combat personnel. S’instaurer une routine et lister ses tâches permet de prévisualiser son travail et de mieux l’appréhender au quotidien. Cette discipline personnelle aide à transformer l’effort en démarche constructive et à garder le cap malgré les imprévus.
Pour autant, ce chemin intérieur ne peut gagner en force seulement lorsqu’il s’accompagne d’une communication régulière avec son manager. Échanger, clarifier les priorités et partager ses difficultés comme ses réussites devient un atout clé pour entretenir l’élan. Comme le rappellent Myrhline (2023) et ZenmonDrops (2023), investir dans la motivation revient à investir dans l’avenir de l’organisation et dans la richesse humaine qui la fait vivre.
Love for Livres vous propose des formations favorisant le développement des soft skills. Elles s’adressent à l’ensemble de l’équipe et pour certaines spcifiquement aux managers. Pour en savoir plus, découvrez notre catalogue :
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Sources :
https://myrhline.com/type-article/les-5-principaux-facteurs-de-motivation-au-travail/
https://shs.cairn.info/article/RSI_083_0100
Motivation au Travail : Approches Issues des Neurosciences
📬 Une histoire : Les tickets de caisse qui racontent
En voilà un défi insolite : créer une histoire à partir d’une récolte de tickets de caisse, incroyable n’est-ce pas ? Découvrez l’expérience inédite dans laquelle s’est lancé l’écrivain et performeur Anne-James Chaton.
Dans son œuvre Fables (Éditions P.O.L, 2025), Anne-James Chaton rassemble 145 tickets de caisse provenant des quatre coins du monde, chacun accompagné d’un court récit directement inspiré des mots consignés sur ces reçus. Une manière de repousser les limites de la création littéraire et celles du support du livre.
Pour Chaton, ces tickets ne sont pas de simples traces utilitaires : ils deviennent des histoires qui se dessinent au gré des récits. Toutes les fables issues de ces tickets respectent les trois unités classiques du théâtre : un lieu (le magasin), un jour (la date du ticket) et un fait accompli (l’acte d’achat). Les mots sont prélevés instinctivement par l’écrivain sur chaque ticket, lui permettant de composer avec un spectre d’histoires variées : récits d’amour, science-fiction, intrigues policières ou romans d’aventure.
Une façon originale de révéler le beau et la production artistique au cœur d’objets du quotidien souvent négligés.
Cette démarche s’inscrit dans une tradition littéraire radicale, héritée de l’objectivisme américain et des pratiques du cut-up, dans laquelle l’écriture se libère des conventions pour explorer la matière brute quotidien. Chaton adopte un littéralisme radical, prenant les mots tels qu’ils sont afin de déconstruire un chemin de pensée tout en redéfinissant les frontières de la narration. Chaque ticket devient ainsi un fragment d’histoire, une fable moderne née du recyclage poétique du plus prosaïque.
https://www.lecoindeschats.fr/tickets-caisse-pouvoir-narrer-histoires-captivantes/
Editions P.O.L - Fables - Anne-James Chaton
https://aoc.media/critique/2025/04/21/de-lart-du-recyclage-sur-fables-danne-james-chaton/
📜 Les citations du mois
« Il est l’heure de partir à l’aventure. » – Beaudelaire.
« Pour chaque fin, il y a toujours un nouveau départ.» - Saint-Exupéry.
« Au départ il ne s'agit pas de comprendre mais bien d'aimer.» – André Breton.
« Faites de votre mieux jusqu'à ce que vous sachiez mieux, ensuite, lorsque vous saurez mieux, faites mieux. » – Maya Angelou.
✨ Actualités de Love for Livres et des livres
#1 - L’ Academy fait sa rentrée ! Formez- vous à la bibliothérapie
La rentrée, c’est aussi le moment de repartir du bon pied ! Notre Academy se poursuit avec deux nouvelles cohortes 2025 :
📅 10 octobre 2025
📅 14 novembre 2025
Cette formation unique s’adresse à celles et ceux qui souhaitent transformer leur posture professionnelle grâce à la bibliothérapie. Déjà suivie par des participants en France, en Belgique, en Suisse et au Canada, elle rassemble RH, psychologues, enseignants, écrivains, consultants… une richesse collective qui fait toute la différence.
👉 Les objectifs de la formation :
Découvrir les apports des sciences cognitives sur la lecture et ses effets.
Se former à une méthodologie innovante de bibliothérapie adaptée au monde professionnel.
Concevoir des expériences de lecture qui transforment durablement.
💬 Vous hésitez encore ? Participez à l’une de nos sessions de présentation animées par Céline :
9/10 à 9h
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#2 Prix Goncourt 2025 : la première liste dévoilée !

Pour cette 123ᵉ édition du plus prestigieux prix littéraire français, les académiciens ont dévoilé la première liste des romans retenus. Quinze titres remarquables et remarqués, tous porteurs d’une voix singulière.
Fresques familiales, récits intimes et explorations sociales, cette sélection témoigne de l’importance de faire vivre la bibliodiversité au sein de la littérature française contemporaine. Ce qui annonce une saison littéraire des plus prometteuses ! 🤩
Découvrez la liste des 15 premiers titres en compétition :
Nathacha Appanah, La Nuit au cœur (Gallimard)
Emmanuel Carrère, Kolkhoze (P.O.L)
David Deneufgermain, L’Adieu au visage (Marchialy)
David Diop, Où s’adosse le ciel (Julliard)
Ghislaine Dunant, Un amour infini (Albin Michel)
Paul Gasnier, La Collision (Gallimard)
Yanick Lahens, Passagères de nuit (Sabine Wespieser)
Caroline Lamarche, Le Bel Obscur (Seuil)
Hélène Laurain, Tambora (Verdier)
Charif Majdalani, Le Nom des rois (Stock)
Laurent Mauvignier, La Maison vide (Minuit)
Alfred de Montesquiou, Le Crépuscule des hommes (Robert Laffont)
Guillaume Poix, Perpétuité (Verticales)
Maria Pourchet, Tressaillir (Stock)
David Thomas, Un frère (L’Olivier)
#3 - 🧠 Initiez-vous à la bibliothérapie : un atelier de découverte en ligne
Vous avez envie de comprendre ce qu’est la bibliothérapie, sans vous engager encore dans le parcours de formation complet de l’Academy ?
Cet atelier de découverte de 3h est fait pour vous ! Il est conçu comme une porte d’entrée idéale pour explorer la bibliothérapie, dans un cadre interactif et accessible.
📅 Prochaine session : le 14 novembre de 9h à 12h
🔍 Vous y découvrirez :
Les fondements et les pratiques clés de la bibliothérapie.
Les apports des sciences cognitives sur les émotions et la fiction.
Des exercices pratiques pour ressentir, en direct, les effets de la lecture.
🎓 Une initiation concrète, qui vous permet d’acquérir les bases et d’expérimenter avant d’aller plus loin.
💶 Tarif : 275 € (paiement possible en plusieurs fois).
🎫 Places limitées – pensez à réserver rapidement !











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